Les nouveaux territoires de l’identité à l’ordre du jour à Fès

La ville de Fès s’apprête à accueillir un colloque intitulé «Les nouveaux territoires de l’identité : la fabrication du radicalisme», du 17 au 19 février au Centre international de dialogue et recherche sur les identités subjectives et sociales. Ce colloque réunira des penseurs et des spécialistes de divers horizons, autour de cette question d’actualité.

Qu’est-ce qui est le plus important dans la vie d’un homme ? Sûrement pas le lieu où il est né, surtout s’il l’a déjà quitté. Pas davantage les villes qu’il a traversées et qui ne sont sur son chemin que des haltes. Ce qui compte pour l’homme, c’est son identité. Des traces furtives dans les lieux de cohabitation. Des souvenirs dans l’esprit de ses contemporains. Lorsqu’il s’agit d’une identité plurielle, le sillon est encore plus profond, et plus nombreuses sont les traces. Pour débattre de cette question de l’identité et de ses multiples facettes, le Centre international de dialogue et recherche sur les identités subjectives et sociales (IDRISS) a décidé d’organiser à Fès un colloque intitulé «Les nouveaux territoires de l’identité : la fabrication du radicalisme». Prévu du 17 au 19 février, cet évènement puise son originalité dans cette relation établie entre la question des identités et l’affirmation grandissante des extrémismes, populistes ou religieux. «La question identitaire occupe, on le sait, le débat public et devient, particulièrement en période électoraliste, un sujet politique majeur qui se prête à de nombreuses surenchères et instrumentalisations. Et cette question traverse différentes cultures, qu’elles soient d’Orient ou d’Occident.

Tout se passe comme si une nouvelle culture tribaliste envahissait nos sociétés qui se posent des questions angoissées sur ce qui pourrait constituer désormais le socle du vivre ensemble. Ce socle commun, si tant est qu’il puisse être défini et remporter l’adhésion, est sans cesse menacé de fracture ou d’implosion interne, justement par des formes exacerbées et antagonistes d’idéologies identitaires», affirme l’anthropologue Faouzi Skali, coprésident du Centre et président du Festival de Fès de la culture soufie.

Ce colloque réunira des penseurs, des philosophes, des islamologues, des politologues et des psychiatres, entre autres, des quatre coins du monde. L’ouverture de cet évènement aura lieu le vendredi 17 février avec notamment André Azoulay, conseiller de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Ahmad Abbadi, secrétaire général de la Ligue mohammadia des oulémas du Maroc, Assia Alaoui, ambassadrice itinérante de Sa Majesté le Roi Mohammed VI et politologue, François-Xavier Tillette, consul général de France.

La matinée de ce premier jour du colloque sera consacrée à la thématique «Radicalisation et fracture sociale» qui réunira le psychiatre et psychanalyste Marc Darmon, le spécialiste de l’Islam et du monde arabe contemporain Gilles Kepel et le penseur, cofondateur du Festival de Fès des musiques sacrées du monde et de son forum «Une âme pour la mondialisation» et président du Festival de la culture soufie, Faouzi Skali. L’après-midi sera réservé au thème «Théologie et spiritualité musulmanes face à la radicalisation». Présidé par l’avocate islamologue Courtney Erwin, ce débat sera animé par Anne Cathelineau, ingénieur d’études à l’Université, arabisante, secrétaire du Centre IDRISS, Ahmad Abbadi, théologien, Driss Fassi Fihri, docteur en théologie et vice-président de l’Université Al Qarawiyyin, et Bariza Khiari, sénatrice de Paris. Durant les deux autres jours du colloque, d’autres thèmes seront débattus, notamment «Religion et politique», «Une radicalisation à la portée de tous», «Clinique de la radicalisation : comment en sortir ?», «Clinique de la radicalisation : comment la contrer ? Perspectives cliniques, politiques et spirituelles», avec de grands noms de diverses sensibilités culturelles et de divers horizons.

«Pour ce colloque, nous avons voulu nous intéresser en particulier aux idéologies identitaires liées au fait religieux et nous avons aussi voulu que cette approche soit transdisciplinaire. La montée des idéologies extrémistes liées aux religions, en l’occurrence à l’Islam, ne peut s’analyser d’une façon univoque. Des facteurs politiques (ou géopolitiques), psychologiques, sociologiques, théologiques ou spirituels s’y mêlent d’une façon complexe qu’il nous appartient de rendre intelligible. Il n’y a qu’ainsi que l’on peut déjouer les pièges de ces nouveaux enfermements identitaires et éviter de proposer des solutions tronquées», conclut Faouzi Skali.