Festival de Fès de la culture soufie: Un événement inédit ouvert sur le monde

Habituellement réservées et conservatrices, les différentes tariqas du Maroc et d’ailleurs, se «libèrent» des zaouïas. Invités au festival de Fès de la culture soufie (FFCS), leurs disciples livrent leurs spiritualités et rituels dans des espaces ouverts (jardin Jnane Sbill et Bab El Makina). Des moines qui ne sortent jamais de leurs monastères sont également conviés à l’événement de Fès pour réfléchir, transmettre et partager.

«C’est inédit et c’est ce qui fait la particularité du FFCS qui promeut l’ouverture, la tolérance et l’inspiration du sacré, le soufisme en particulier…C’est le virus inexpliqué de Fès qui fait son oeuvre», indique Faouzi Skali, président du festival. En effet, le festival soufi participe à rendre tangible et intelligible la présence du soufisme et les œuvres qu’il a produites.

Ainsi, l’ambition est de faire ressortir cette culture sur la place publique pour qu’elle redevienne à nouveau une référence commune, le partage de valeurs et d’une certaine vision de la vie et des relations sociales. Avec une programmation assez riche et variée, cette 11e édition invite à redécouvrir sous une forme qui convienne à notre époque ce qui a constitué le logiciel culturel propre à la civilisation marocaine, arabe, andalouse et islamique, sous ses différents aspects.

Le but étant de tirer les enseignements des histoires spirituelles, soufies et artistiques. La table ronde du 24 octobre a invité, autour du thème «Soufisme et art contemporain», Abdelaziz Debbagh, Carole Latifa Ameer, Faouzi Skali, Jean-Claude Cintas, Sofia Bennani, et Pr Jean-Pierre. Ce dernier est prieur de Notre Dame de l’Atlas, à Midelt.

Installé au Maroc depuis plusieurs années, il raconte sa vie au monastère bercé au milieu des montagnes de l’Atlas avec beaucoup d’amour et de vivre-ensemble. Au passage, Pr Jean-Pierre a fait le parallélisme avec la vie ailleurs en rappelant la triste histoire des moines de Tibhirine qui ont été assassinés il y a plus de 20 ans. «Ici, nous sommes 180 moines, faisons le ramadan avec vous et la sadaka et nous sommes invités à vos cérémonies de mariage et autres», souligne-t-il.

Ceci pour dire qu’il vit au milieu des familles musulmanes qui lui signifient très souvent qu’il est l’hôte du peuple marocain aux côtés duquel il aimerait témoigner que «la fraternité et la paix sont un don de Dieu fait aux hommes». Le P. Jean-Pierre, 67 ans, est le prieur de Notre-Dame de l’Atlas -seul monastère chrétien d’hommes en Afrique du Nord – installé depuis plus de dix-sept ans à Midelt. Loin de la vie des moines, le poète Jean-Claude Cintas raconte sa spiritualité et son amour pour Fès.

Ville à laquelle cet enfant d’Oujda «chrétien-soufi» a dédié son film «Fès, ma belle ma délicieuse: Ode à l’impériale médina marocaine». Cette fresque cinématographique sera projetée ce jeudi à la salle de l’ex-préfecture de Fès-Médina. «Au grand bonheur de tous ceux que Fès habite». Pour construire les rythmes de la star reflétée par la beauté de médina, Carole Latifa Ameer rappelle les travaux des chercheurs sur «l’art sacré et leur inspiration subjective individuelle comme le ciel étoilé… ».

«La beauté est l’un des noms divins….il faut sortir l’artiste-créatif et beau qu’on a en soi», ajoute Latifa Ameer. En tout cas, le ressourcement auprès des maîtres soufis permet de ressortir les enseignements. A ce titre, Skali note que «Les œuvres des grands maîtres du Soufisme ne sont pas accessibles au même degré. Certaines, comme celles d’Ibn Sabiin ou Ibn Arabi nécessitent un degré de connaissance et une expérience personnelle approfondie qui restent très rares».

Mais comme pour les œuvres de Platon ou d’autres philosophes de l’antiquité, il est possible d’en faire sur certains points des résumés simplifiés qui peuvent être utiles. Mais, il y a beaucoup d’autres œuvres en prose ou poétiques qui ont une portée pédagogique et instructive et qu’il serait pertinent et édifiant d’introduire dans le cursus scolaire.

«L’un des meilleurs moyens d’initiation dès le plus jeune âge est l’apprentissage de la poésie soufie chantée ou le Samaa. C’est à la fois une éducation esthétique, émotionnelle et spirituelle. Cela donne une saveur vivifiante de ce qu’est une expérience religieuse vécue, personnelle qui s’exprime dans une magnifique langue poétique», renchérit le président du festival.

En tout cas, les enseignements des maîtres qu’ils transmettent sont un moyen de connaissance et de compréhension profondes de notre matrice culturelle. Mais, il y a en parallèle à cela tout l’enseignement vivant et actuel des confréries soufies qui continuent de connaître au Maroc un véritable rayonnement national et international, comme le montre le FFCS.