Faouzi Skali présente la culture soufie devant le Sénat français

«Le Soufisme n’est pas seulement une mystique profonde et poétique exprimée par des œuvres universelles comme celles de Rumi ou Ibn Arabi mais il est aussi un patrimoine universel de l’humanité, de toute l’humanité, quelles que soient ses convictions ou ses appartenances religieuses», a expliqué Faouzi Skali, le président du festival de Fès de la culture soufie, vendredi, devant le Sénat français.

La 12ème édition du Festival de Fès de la culture soufie, qui se tiendra du 19 au 26 courant dans la capitale spirituelle du Royaume sous le thème « la Culture soufie, un humaniste spirituel pour notre temps », a été présentée, vendredi soir au Palais du Luxembourg (Sénat français), en présence de représentants de médias français et internationaux, de diplomates et de plusieurs personnalités des mondes de la culture et des arts.

Après l’allocution de l’ambassadeur du Maroc en France, Chakib Benmoussa, prônant les valeurs de paix et de fraternité, inspirées de l’esprit soufie, le président du festival, Faouzi Skali, a souligné l’intérêt grandissant pour la découverte de la culture soufie et la connaissance de ce patrimoine culturel vivant et universel dans ses différentes déclinaisons en l’occurrence poétique, littéraire, artistique, philosophique et spirituelle, notant qu’il s’agit d’un patrimoine qui appartient à l’humanité entière.

« C’est de ce que nous avons voulu montrer à travers le programme que nous présentons pour la presse en cette soirée », a-t-il déclaré en marge de cette présentation, mettant en avant la capacité créative de ce festival loin de toute « archéologie culturelle » tout en montrant qu’il s’agit d’une culture fructueuse qui recèle un énorme potentiel créatif à travers notamment une quinzaine de tables-rondes à la Medrasa Bouananiya.

Le président du festival a décliné aussi le côté artistique de cette manifestation à travers des créations artistiques comme celle prévue pour l’ouverture sous l’intitulé « Al Shushtari prince des troubadours » et la soirée sous la thématique « le langage secret des fleurs et des parfums ».

A travers cette programmation aussi riche que variée « nous avons voulu montrer que le Souphisme n’est pas seulement une philosophie, mais c’est aussi un art de vivre, un art sociétal, un trésor civilisationnel », a-t-il dit. La cérémonie de présentation de cette 12ème édition du festival de Fès de la culture soufie a été marquée aussi par une allocution du sénateur Nathalie Goulet qui a été lue en son nom par l’un de ses assistants, ainsi que par un récital de poésie.

Le programme de cette édition comprend notamment des tables-rondes sur des thématiques comme la « culture soufie comme art de vivre« , « un humanisme spirituel pour notre temps », « Faire revivre l’Esprit de Fès par la culture soufie », « Religions et Droits humains » et « Enjeux sociétaux et spirituels face au transhumanisme », le vernissages d’une exposition, une visite spirituelle dans des lieux historiques et spirituels de Fès, des spectacles de musique et de chants soufis ainsi que des récitals de poésie soufie outre un master classe et atelier avec le maître-parfumeur Abderezzak Benchaâbane.

Voici le texte de l’introduction du directeur du festival, Faouzi Skali, au Sénat français en présentation de cette douzième édition du Festival :

Un patrimoine vivant et matériel

Le patrimoine soufi à la fois vivant et matériel est sans doute l’un des patrimoines les plus riches et les plus diversifiés à travers le monde, du Maroc jusqu’en extrême Orient, en Chine et dans le subcontinent indien. Il concerne des milliers de langues, d’expression artistiques, littéraires, spirituelles et poétiques. Bien évidemment un grand nombre de lieux mausolées, Zawiya et Ribats.

On se souvient de la destruction, il y a peu, d’un grand nombre de mausolées de Tombouctou mais aussi au Mali de nombreux manuscrits, de traités qui sont de véritables objets d’art calligraphiques, souvent uniques, dans les fameuses bibliothèques du désert.

Ce dont on prend à peine la mesure aujourd’hui c’est que le Soufisme n’est pas seulement une mystique profonde et poétique exprimée par des œuvres universelles comme celles de Rumi ou Ibn Arabi mais il est aussi un Patrimoine universelle de l’humanité, de toute l’humanité, quelles que soient ses convictions ou ses appartenances religieuses.

Un patrimoine de valeurs et de sagesses

Il n’en reste pas moins que ce patrimoine d’une immense richesse est porteur de valeurs d’humanité et de civilisation qu’il est important de faire valoir. Il constitue une sorte de matrice ou d’humus qui a irrigué l’âge d’or de l’Islam et qui peut encore beaucoup nous apporter aujourd’hui. Il peut aussi nourrir une pensée et une créativité actuelles et c’est ce que s’efforce de démontrer dans ses différents programmes le Festival de Fès de la Culture soufie.

Plusieurs axes ou valeurs reviennent d’une façon régulière, celui d’une valorisation de l’archétype du féminin, du comportement chevaleresque fait d’altruisme, de générosité et de solidarité, qui a inspiré pendant des siècles les corporations de métier, celle d’une sagesse pétrie de petites histoires et d’aphorismes qui sont aussi portés par une culture populaire, celle de l’art et de la quête du beau en général. Celui aussi du respect naturel de la diversité culturelle et religieuse de nos sociétés.

« Je professe la religion de l’Amour, disait Ibn Arabi, en quelque direction que se tourne ses montures l’Amour est la religion et ma foi ».

Un art du vivre ensemble et un humanisme spirituel pour notre temps.

Tout cela débouche vers une certaine conception du vivre ensemble comme un art de vivre dont l’Andalousie ancienne, dont Fès est l’héritière, est le symbole magnifié. Et résonne aujourd’hui comme la quête d’un réenchantement de nos sociétés ou, selon le mot d’Edgar Morin, un Ami fidèle du Festival, d’une poétique de société.

La question qui traverse notre programme cette année est la suivante : « La culture soufie peut-elle être porteuse d’un humanisme spirituel pour notre temps? ».

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