Dépassons nos différends pour le développement touristique de Fès

Si la «Vision 2020» a mis davantage en valeur le pole Fès-Meknès, qui recèle des potentialités importantes en matière de tourisme, la capacité de résilience demeure toujours invisible à cause d’un capital confiance interprofessionnel imide quoique la mobilisation de l’ensemble d’une grande partie des acteurs professionnels du tourisme, élus et autorités locales soit avérée, afin de colmater les brèches, pour confectionner les meilleurs montages de décollage de la destination.

Pour sa part, le CRT a fait montre de son militantisme en vue d’accélérer la dynamique de la destination, à travers la multiplication des éductours, la sensibilisation des compagnies aériennes, la mise en place de développement des produits de niche et de l’arrière-pays, etc. Militantisme et courage aussi pour investir des chantiers dans l’invisibilité. Toutefois, la confiance semble reine parmi les rangs des membres de l’équipe, comme en témoigne Dr Hafid Ouchchak, Secrétaire Général du CRT Fès-Meknès et professionnel de longue date dont Fès en compose l’ADN. Une force tranquille du Conseil pleine de ressources.

Entretien.

Il semble que la destination Fès connaît une dynamique touristique très attendue. Cela répond-il à vos objectifs en tant que professionnels?

Effectivement, la ville de Fès connaît actuellement une dynamique touristique notable avec une croissance sensible au niveau des nuitées atteignant 16%, ce qui s’est traduit par plus d’un million de nuitées en 2018, soit une croissance de 39% par rapport à l’année 2016, qui a enregistré 683.052 nuitées.

Au niveau de l’aérien, la destination a enregistré 107 mouvements par semaine au départ et à l’arrivée de l’aéroport Fès Saiss, alors que le nombre des passagers a connu une croissance de 17,2 % par rapport à l’année 2017/2018.

Malgré ces bons résultats, nous sommes persuadés que Fès peut faire mieux par l’adoption d’un plan de développement touristique Fès/Meknès ayant pour objectif la création de nouvelles zones d’aménagement touristique, dont le but est de viabiliser des lots de terrain en les mettant à la disposition des investisseurs potentiels, et ce pour l’augmentation de la capacité de l’hébergement qui est une règle  (sine qua non) pour que Fès devienne une ville de séjour avec un produit touristique propre à elle. Aussi, l’exploitation des produits de  niche et de l’arrière-pays de Fès Meknès (Sefrou, ifrane, Taza, Moulay Yacoub, El Hajeb, Boulemane, Taounate ).

Quelles seraient les embûches qui retardent encore un réel décollage de Fès millénaire, notamment la réalisation des projets qui traîne toujours ?

Ces embûches font partie de l’échec de la vision 2020 qui n’a pas atteint les projets assignés, dont les agences de développement touristique (ADT) régionales qui n’ont jusqu’ici pas encore vu le jour, l’échec des 15 contrat-programmes régionaux (37 projets réalisés sur 944), soit 1,4 milliard de dirhams engagés sur une enveloppe globale de 151 milliards de dirhams, concernant le plan AZUR qui est l’épine dorsale d’accompagnement des visions 2010 et 2020, faisant d’ailleurs l’objet d’un audit de la Cour des Comptes, qui a constaté que seulement 2,7 % des lits hôteliers prévus dans les 6 stations du plan AZUR ont été réalisés. Aussi, les programmes d’accompagnement des PME touristiques «  Moussanada Siyahia » et «  Renovotel » sur des enveloppes de 420 et 500 millions de dirhams, alors que  seulement 1,91 million de dirhams consentis pour « Moussanada » et 35,4 millions de dirhams pour « Ronovotel » ont été engagés pour Fès, la zone touristique qui a été prévue dans le programme «  Madayn » a été réalisée à 20%, va connaitre sa relance grâce aux efforts de Mr le Wali de la région de Fès/Meknès  qui a pris le dossier en mains pour la réalisation des hôtels prévus dans cette zone, de même que la construction d’un Palais de Congrès de 5000 places qui va être lancée incessamment avec un budget prévisionnel de 100 millions de dirhams en partenariat entre le Conseil Régional de Fès /Meknès, la Commune Urbaine, le Conseil Préfectoral, le Ministère de l’Intérieur, celui du Commerce et de l’Industrie, de l’Habitat également. Ce projet va positionner Fès en tant que destination MICE.

Peut-on dire que le CRT passe par une période difficile ? Expliquez-nous !

En effet, pour que Fès ne demeure plus une ville de passage faisant partie des circuits touristiques classiques des villes impériales, il faut qu’elle soit dotée d’infrastructures permettant d’accueillir les grands événements nationaux et internationaux, la création de la synergie avec les niches et les segments du bien-être (thermalisme), du golf, tourisme vert et de montagne (VTT, trekking, randonnées pédestres et équestres, etc.), tourisme religieux qui trouve ses profondeurs en Afrique Sub-saharienne, l’exploitation de l’arrière-pays avec toutes ses composantes…

Plusieurs opérateurs pensent que la valorisation des produits de niche n’est pas assez capitalisée et que la promotion de la destination se fait toujours à travers les attractions classiques et consommées.  Le CRT a-t-il une vision pour élargir les horizons de découverte du produit ? En quoi consisterait-elle ?

Le Bureau dirigeant du CRT de Fès a été constitué légalement et conformément à la réglementation et à la législation en vigueur, ce qui lui a permis d’être opérationnel dans son exercice.

Bien entendu, il œuvre actuellement en faveur de la promotion de la destination et de son rayonnement en étroite collaboration avec les autorités de la Wilaya de la région, les élus (Régions, Communes Urbaines, Conseils Préfectoraux, etc.…),  l’ONMT et le Ministère du Tourisme.

A l’instar des autres CRT du Maroc, en généra, tous connaissent des périodes d’instabilité perpétrées essentiellement par des campagnes de dénigrement menées à chaque nouvelle élection, nourries de polémiques ternissant l’image du tourisme, y compris au niveau de notre région.

J’estime que pour en finir avec cette situation dont personne n’en veut, je propose la création d’une institution constitutionnelle régie par la loi à l’image des chambres professionnelles de Pêches Maritime, d’Agriculture, de Commerce, d’Industrie et des Services, de l’Artisanat, et ce pour que toutes les professions touristiques confondues soient représentées légalement et dépasser le cadre d’une association, laquelle ne bénéfice pas de l’adhésion et de la représentativité requises.

Votre cri de cœur en tant que Secrétaire général du CRT, en tant que fin connaisseur de la destination ? Que faudrait-il faire à votre avis pour restituer à Fès le rang dont elle est digne ?

J’ai passé une grande partie de ma vie dans ce secteur en tant que délégué régional du ministère du tourisme à Oujda, Al Hoceima, Essaouira, Taounate, Agadir, Fès, et comme directeur d’un département ministériel.

Je lance un appel pour que les efforts des professionnels se conjuguent afin de dépasser les différends et les querelles insignifiants qui dégradent notre image de marque.